CANDY DARLING/ANDREJ PEJIC
Carbon copy?
Andrej Pejic, le jeune top australien d’origine serbo-croate affole la planète fashionista par une séduction transgenre qui ne s’était jamais affirmée avec autant de décomplexion auparavant malgré la percée d’un top transexuel chez Givenchy. A tel point que Jean-Paul Gauthier l’a couronné en mariée spectaculaire au final de son défilé en 2011…
Pourtant, Andrej m’a paru immédiatement familier.
Pour les connaisseurs de la période Factory-Morissey-Warhol, la parenté est évidente . D’ailleurs Andrej a posé en hommage à Candy Darling pour “Candy Magazine.” (http://andrejpejicpage.tumblr.com/post/8384562401/supermodel-andrej-pejic-channels-candy-darling-for)
Mais qui était donc Candy Darling vous demandez-vous?
Voici donc sa brève vie évoquée par Litso Moodge d’après le témoignage d’une journaliste ayant assisté à son enterrement en 1974:
“Je viens de remettre la main sur le N° 54 de « L’art vivant » datant de décembre 1974. Un numéro spécial consacré à la Mort que ma marraine m’avait donné lorsque j’étais adolescente et que j’ai conservé jusqu’à aujourd’hui. L’édito était signé Jean Clair et la revue commençait par un hommage rendu par Delfina Rattazzi à Candy Darling, morte en mars de cette même année…
L’article commence par l’enterrement de Candy. Peut-être le seul moment où elle a vraiment eu l’air d’un travesti.
Maquillée outrageusement par le thanatopracteur, perruquée afin de camoufler son alopécie , son rachitisme suscita cette remarque chez une dame venue en curieuse, « On dirait Voltaire, vous ne trouvez pas ? ». Un Voltaire queer en somme…
Et mort, donc…
A 30 ans…
Mais Candy n’avait jamais aucune raison d’évoquer sa date de naissance car elle disait simplement « Je ne suis pas née, j’ai été créée ».
Beaucoup d’hommes qui ont cherché à la séduire, beaucoup de femmes de la high society new-yorkaise qui lui offraient des robes griffées, portées une seule fois, ont ignoré jusqu’à ce jour qu’elle n’était pas née femme.
Enfant, le petit James Slattery, malgré ses jeans et ses cheveux courts et bruns, possédait déjà cette forme de langueur qui affecte délicatement la voix des garçons dont la personnalité et les aspirations profondes contredisent le leg de la nature.
Elle était fan de Marilyn bien sûr mais aussi de Jean Harlow, de Caroll Baker ou de Kim Novak. Que des blondes sexy ou carrément explosives !
Que le mystère plane sur le passé était pour elle, l’élément fondateur de la mythologie associée aux movie-stars.
D’elle, on savait juste qu’elle avait grandi dans les faubourgs les plus tristes de New York et qu’elle avait commencé à se travestir pour se rapprocher de ses modèles.
Au début des années 60, elle arpentait les rues de Greenwich village en diva « glam », le cheveu n’était pas encore platine mais l’œil déjà cerné avec sophistication.
En définitive, sa mère n’a pas hésité si longtemps à l’appeler « ma fille ». Après la cérémonie , elle a confié : « I couldn’t stop Jimmy. Candy was just too beautiful and talented.”
Sur certaines photos, elle ressemble à Sharon Tate, beauté classique et presque sans fards, sur d’autres, elle surjoue la blonde anatomique, façon Harlow.
Sur un autre cliché, le turquoise audacieusement étalé sur sa paupière supérieure préfigure le maquillage de Debbie Harry, la chanteuse de Blondie, portraiturée par Warhol d’après son propre polaroïd.
Superstar lancée en 1967, comme une supernova par le mentor de la Factory, pouvait- elle être promise à autre chose qu’un destin météorique ?
Elle est ambitieuse. Il n’a jamais été question de devenir une artiste transformiste, l’époque force les préjugés et la Factory n’est pas le Carrousel.
Elle joue donc dans des pièces off-off Broadway et fait sa 1ère apparition dans « FLESH », avec le beau « Little Joe » Dalessandro . Elle part en Allemagne tourner « La mort de Maria Malibran », un film réalisé par Werner Schroeter en 1971, avec Christine Kauffman et Ingrid Caven.
Puis quelques caméos avec d’énormes stars comme Jane Fonda (« Klute ») ou Sophia Loren (« Lady Liberty »).
Elle devient enfin l’héroïne de « Women in revolt », de Paul Morissey , l’éternel complice de Warhol.
Malheureusement, le film, sorte d’hommage au « Women » de Georges Cuckor, que beaucoup de spectateurs ont perçu comme une pochade anti-féministe, n’est demeuré qu’une semaine sur les écrans new-yorkais…
Alors avant de capituler devant l’impérieux cancer dû parait-il à de méchantes hormones suédoises, Candy n’a pas tout à fait eu la gloire qu’elle attendait…
Comme Edie Sedgwick ou Ultra-Violet, elle fût l’une des nombreuses égéries de la Factory et c’est à ce titre qu’elle figure habillée et nue, en dyptique avec Gérard Malanga ou Joe Dalessandro sur la célèbre « fresque » réalisée par Richard Avedon à New York, le 30 octobre 1969…
Candy n’est jamais devenue Marilyn, elle est restée une héroïne underground, que les réseaux sociaux et sites de fans ressuscitent aujourd’hui…
Alors, même si l’église débordait de monde, le jour de son inhumation, on peut considérer que Candy est partie discrètement, à pas feutrés, se consumant dans la tristesse, la souffrance et l’ennui, comme sur la photographie de Peter Hujar qui l’a « immortalisée » sur son lit de douleur*, dans une chambre d’hôpital travestie elle-même en boudoir .
Cette photographie superbe et dénuée de tout voyeurisme, la réhabilite en icône hollywoodienne, envahie par les dalhias et les roses, mais étrangement lovée dans des draps blancs et ondulants qui n’ont jamais rien de voluptueux lorsqu’ils deviennent linceul.
C’est cette sorte de beauté condamnée, mélancolique et chimérique, entre Ondine et Mae West, qu’Antony Hegarty du groupe Antony & The Johnsons a souhaité faire figurer sur la pochette de son second album « I’m a bird now » en 2004.
Et pour la postérité, la Factory lui collera toujours à la peau:
Son nom est mentionné dans “Walk on the Wildside”, la plus célèbre chanson du Velvet Underground:
“ Candy came from out on the island
In the backroom she was everybody’s darling
But she never lost her head
Even when she was given head »
Lou Reed lui consacre aussi la ballade élégiaque « Candy says » , reprise par Antony & the Johnsons, par Garbage et par Beth Gibbons du groupe Portishead .
http://www.youtube.com/watch?v=77KC4iAa49s
Son vieil ami, Jeremiah Newton a produit en 2010, un « work-in-progress documentary » réalisé par James Rasin intitulé
« BEAUTIFUL DARLING: The life and times of Candy Darling, Andy Warhol superstar »
Warhol, lui qu’on disait être « l’inventeur » de Candy, ne s’est même pas rendu à son enterrement, prétextant qu’il devait promener son chien….”
Ce texte est soumis aux droits d’auteur ©LITSO MOODGE et ne peut être dissocié de sa source, merci d’accompagner toute citation de cette signature.
Source LITSO MOODGE: http://litso-moodge.tumblr.com/tagged/candy-darling
De nombreux visuels de Candy sur la chanson “Candy says” , par The Velvet Underground ici:
http://www.youtube.com/watch?v=77KC4iAa49s&feature=player_embedded
Les pages Facebook d’Andrej et des fans de Candy Darling:
http://www.facebook.com/pages/Andrej-Pejic/161650703845689
Crédit photographique Andrej: © Anthony Meyer pour FIASCO Magazine, The Sensual Issue.
CANDY DARLING/ANDREJ PEJIC
Carbon copy?
Andrej Pejic, le jeune top australien d’origine serbo-croate affole la planète fashionista par une séduction transgenre qui ne s’était jamais affirmée avec autant de décomplexion auparavant malgré la percée d’un top transexuel chez Givenchy. A tel point que Jean-Paul Gauthier l’a couronné en mariée spectaculaire au final de son défilé en 2011…
Pourtant, Andrej m’a paru immédiatement familier.
Pour les connaisseurs de la période Factory-Morissey-Warhol, la parenté est évidente . D’ailleurs Andrej a posé en hommage à Candy Darling pour “Candy Magazine.” (http://andrejpejicpage.tumblr.com/post/8384562401/supermodel-andrej-pejic-channels-candy-darling-for)
Mais qui était donc Candy Darling vous demandez-vous?
Voici donc sa brève vie évoquée par Litso Moodge d’après le témoignage d’une journaliste ayant assisté à son enterrement en 1974:
“Je viens de remettre la main sur le N° 54 de « L’art vivant » datant de décembre 1974. Un numéro spécial consacré à la Mort que ma marraine m’avait donné lorsque j’étais adolescente et que j’ai conservé jusqu’à aujourd’hui. L’édito était signé Jean Clair et la revue commençait par un hommage rendu par Delfina Rattazzi à Candy Darling, morte en mars de cette même année…
L’article commence par l’enterrement de Candy. Peut-être le seul moment où elle a vraiment eu l’air d’un travesti.
Maquillée outrageusement par le thanatopracteur, perruquée afin de camoufler son alopécie , son rachitisme suscita cette remarque chez une dame venue en curieuse, « On dirait Voltaire, vous ne trouvez pas ? ». Un Voltaire queer en somme…
Et mort, donc…
A 30 ans…
Mais Candy n’avait jamais aucune raison d’évoquer sa date de naissance car elle disait simplement « Je ne suis pas née, j’ai été créée ».
Beaucoup d’hommes qui ont cherché à la séduire, beaucoup de femmes de la high society new-yorkaise qui lui offraient des robes griffées, portées une seule fois, ont ignoré jusqu’à ce jour qu’elle n’était pas née femme.
Enfant, le petit James Slattery, malgré ses jeans et ses cheveux courts et bruns, possédait déjà cette forme de langueur qui affecte délicatement la voix des garçons dont la personnalité et les aspirations profondes contredisent le leg de la nature.
Elle était fan de Marilyn bien sûr mais aussi de Jean Harlow, de Caroll Baker ou de Kim Novak. Que des blondes sexy ou carrément explosives !
Que le mystère plane sur le passé était pour elle, l’élément fondateur de la mythologie associée aux movie-stars.
D’elle, on savait juste qu’elle avait grandi dans les faubourgs les plus tristes de New York et qu’elle avait commencé à se travestir pour se rapprocher de ses modèles.
Au début des années 60, elle arpentait les rues de Greenwich village en diva « glam », le cheveu n’était pas encore platine mais l’œil déjà cerné avec sophistication.
En définitive, sa mère n’a pas hésité si longtemps à l’appeler « ma fille ». Après la cérémonie , elle a confié : « I couldn’t stop Jimmy. Candy was just too beautiful and talented.”
Sur certaines photos, elle ressemble à Sharon Tate, beauté classique et presque sans fards, sur d’autres, elle surjoue la blonde anatomique, façon Harlow.
Sur un autre cliché, le turquoise audacieusement étalé sur sa paupière supérieure préfigure le maquillage de Debbie Harry, la chanteuse de Blondie, portraiturée par Warhol d’après son propre polaroïd.
Superstar lancée en 1967, comme une supernova par le mentor de la Factory, pouvait- elle être promise à autre chose qu’un destin météorique ?
Elle est ambitieuse. Il n’a jamais été question de devenir une artiste transformiste, l’époque force les préjugés et la Factory n’est pas le Carrousel.
Elle joue donc dans des pièces off-off Broadway et fait sa 1ère apparition dans « FLESH », avec le beau « Little Joe » Dalessandro . Elle part en Allemagne tourner « La mort de Maria Malibran », un film réalisé par Werner Schroeter en 1971, avec Christine Kauffman et Ingrid Caven.
Puis quelques caméos avec d’énormes stars comme Jane Fonda (« Klute ») ou Sophia Loren (« Lady Liberty »).
Elle devient enfin l’héroïne de « Women in revolt », de Paul Morissey , l’éternel complice de Warhol.
Malheureusement, le film, sorte d’hommage au « Women » de Georges Cuckor, que beaucoup de spectateurs ont perçu comme une pochade anti-féministe, n’est demeuré qu’une semaine sur les écrans new-yorkais…
Alors avant de capituler devant l’impérieux cancer dû parait-il à de méchantes hormones suédoises, Candy n’a pas tout à fait eu la gloire qu’elle attendait…
Comme Edie Sedgwick ou Ultra-Violet, elle fût l’une des nombreuses égéries de la Factory et c’est à ce titre qu’elle figure habillée et nue, en dyptique avec Gérard Malanga ou Joe Dalessandro sur la célèbre « fresque » réalisée par Richard Avedon à New York, le 30 octobre 1969…
Candy n’est jamais devenue Marilyn, elle est restée une héroïne underground, que les réseaux sociaux et sites de fans ressuscitent aujourd’hui…
Alors, même si l’église débordait de monde, le jour de son inhumation, on peut considérer que Candy est partie discrètement, à pas feutrés, se consumant dans la tristesse, la souffrance et l’ennui, comme sur la photographie de Peter Hujar qui l’a « immortalisée » sur son lit de douleur*, dans une chambre d’hôpital travestie elle-même en boudoir .
Cette photographie superbe et dénuée de tout voyeurisme, la réhabilite en icône hollywoodienne, envahie par les dalhias et les roses, mais étrangement lovée dans des draps blancs et ondulants qui n’ont jamais rien de voluptueux lorsqu’ils deviennent linceul.
C’est cette sorte de beauté condamnée, mélancolique et chimérique, entre Ondine et Mae West, qu’Antony Hegarty du groupe Antony & The Johnsons a souhaité faire figurer sur la pochette de son second album « I’m a bird now » en 2004.
Et pour la postérité, la Factory lui collera toujours à la peau:
Son nom est mentionné dans “Walk on the Wildside”, la plus célèbre chanson du Velvet Underground:
“ Candy came from out on the island
In the backroom she was everybody’s darling
But she never lost her head
Even when she was given head »
Lou Reed lui consacre aussi la ballade élégiaque « Candy says » , reprise par Antony & the Johnsons, par Garbage et par Beth Gibbons du groupe Portishead .
http://www.youtube.com/watch?v=77KC4iAa49s
Son vieil ami, Jeremiah Newton a produit en 2010, un « work-in-progress documentary » réalisé par James Rasin intitulé
« BEAUTIFUL DARLING: The life and times of Candy Darling, Andy Warhol superstar »
Warhol, lui qu’on disait être « l’inventeur » de Candy, ne s’est même pas rendu à son enterrement, prétextant qu’il devait promener son chien….”
Ce texte est soumis aux droits d’auteur ©LITSO MOODGE et ne peut être dissocié de sa source, merci d’accompagner toute citation de cette signature.
Source LITSO MOODGE: http://litso-moodge.tumblr.com/tagged/candy-darling
De nombreux visuels de Candy sur la chanson “Candy says” , par The Velvet Underground ici:
http://www.youtube.com/watch?v=77KC4iAa49s&feature=player_embedded
Les pages Facebook d’Andrej et des fans de Candy Darling:
http://www.facebook.com/pages/Andrej-Pejic/161650703845689
Crédit photographique Andrej: © Anthony Meyer pour FIASCO Magazine, The Sensual Issue.
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Notes:
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